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Satisfaite des notes émises, je me glissais sous la douche, où vint me cueillir la voix d'Alain Barrière.
Alors , j'ai quinze ans dans ma chambre nantaise, embaumée par les pêchers en fleurs talonnés de près par les fragrances discutables des cuisines municipales, sises derrière le minuscule jardin.
De la chambre de Pascale s'échappe en force la voix d'Alain Barrière, tournicotant sur le tourne-disques familial, couvrant le transistor que j'écoute en sourdine car c'est celui de Papa : il n'a rien à faire dans ma chambre.
On s'habillera en même temps, on cavalera dans l'escalier, les Petites dans les jambes, on saisira la laisse , plus facile que son propriétaire, on attrapera quand même le cocker, on dévalera le perron , parfois à plat ventre , emportées par l'élan de folie du chien, on courra jusqu'au garage , on grimpera dans la Mercédès et on roulera jusqu'à la Colinière , perdues dans nos pensées matinales.
Ce n'était pas nostalgie, -même si ça y ressemble- mais RTL, stop ou encore , mon dieu , ça existe ...encore?
On vient de lui dire stop.Moi, j'aurais bien dit encore.Pas aux os en miettes, pas au dialyses, ni au diabète. Non, encore à la jeune fille aux pommettes saillantes , aux jolis yeux marron, à la queue de cheval sémillante, qui aimait Abba et Alain Barrière, l'histoire et la littérature.Encore à Pascale, jeune fille pleine d'avenir.
Alors c'est ce qu'on a fait, d'Alsace, de Paris , de Lorraine, d'Aquitaine.Des trains rapides, nous nous y retrouvions.Ensemble. Des trains qui convergeaient vers St Nazaire, ville de Loire et d'Atlantique.
Le coeur à l'envers , la tête bourdonnante , le chaos des souvenirs, les larmes jamais loin, les rires quand même...
Et puis , son visage si marqué, cette drôle d'idée d'être à l'étroit dans ce cercueil, son énergie volée, sa voix éteinte et ses yeux clos.
Bien sûr , elle n'a pas vu Karine se pencher, l'embrasser, ni Nathalie, interdite, bouleversée, ni moi, serrer ses mains, sentir sous ma bouche son front froid, son front dur.
Elle n'a ni vu, ni entendu Philippe, ni Carole, ses enfants, les premiers des filles Mercier, leurs yeux mordorés fixés sur elle, leur mère qu'ils avaient peut-être crue invincible malgré l'effroyable travail de sape du diabète.Ils étaient là, accompagnés de James, gracieux, droits, la voix ferme, l'humour à fleur de lèvres malgré les écrous se vissant...ce n'était pas assourdissant comme pour mon père, simplement d'une tristesse infinie.
Les fleurs, les voitures, le monde à l'église, tant de personnes sincèrement affligées, les regrets, les mains sur le cercueil, les bénédictions , la parole simple et calme d'un prêtre aux yeux limpides et puis le vrai dernier voyage.Une cérémonie simple, des pétales, effleurer le bois une dernière fois , les portes qui coulissent, qui happent le cercueil.Les larmes de Carole, en cascade, jaillissant enfin après tant de courage, la tendresse de James envers cette adorable jeune femme secouée de sanglots, qui trouve le moyen de me tendre la main.Il a montré tant de discrète compassion, présent sans jamais rien forcer qu'en si peu de temps, je l'ai aimé, et même si la vie décide de ne jamais se revoir, il restera gravé.
Toujours pas faim, toujours pas soif, une halte dans ce lieu étrange, la pensée haletante vers celle que la mort réduit en poussière.
Une pizzéria, Claude son mari, digne, peu bavard, le temps qui passe , l'heure du train...
Je repars avec Nathalie, la voix lézardée, le TGV, docile et insensible nous dépose à Paris .Deux taxis qui nous séparent.Je peux voir son visage de petite fille un peu perdue dans la pénombre pendant quelques dizaines de mètres et puis mon taxi revient vers Montparnasse.
C'est fini Pascale, on ne se reverra plus.
La photo ci-dessus , parue dans Match cette semaine,montre la présumée victime de monsieur Strauss-Kahn, soutenue par un policier en civil, ou un garde du corps , bref , par un homme solidement charpenté, arrriver au commissariat.
Moi, je note qu'elle chausse du 44 et qu'elle paraît tout aussi grande et étoffée que son accompagnateur, qui ne mesure sans doute pas 1,60 mètre.
Que disait-il Pierre Desproges ? Etonnant, non ?

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ça ne choque personne ? Il n'y a rien qui coince ? Le vil violeur et le futur papa ? De qui se moque-t-on?
La maintenance des centrales nucléaires françaises, les sales boulots , les irradiants ne sont pas assurés par des agents EDF, mais délégués à des tâcherons vraisemblablement sous -payés ,
régulièrement exposés mais jamais contrôlés commes les employés EDF.Je trouve cela particulièrement choquant.
Je ne sais pas s'il faut énucléer le nucléaire, par contre je trouve qu'exiger d''EDF la maintenance complète des centrales par des agents dûment formés et encadrés sanitairement me semble la moindre des choses !!!
Le 11 Septembre, quand, éberluée, je regardai le World
Trade Center s'effondrer,c'est à toi que j'ai pensé.
6 mois s'étaient écoulés depuis ta mort , le 6 Mars 2001.Ton armoire,ton lit,la table demi-lune,le guéridon,les bergères de mon enfance,la commode qui,petite, m'avait tant fascinée ,avec ses poignées aux soleils grimaçants que je parais de vertus , de pouvoirs; les chaises de la salle à manger, tout cela se retrouvait chez moi et malgré l'effarante familiarité, me semblait incongru, déplacé .Voilà, déplacé.Comme toi ,comme moi , avançant d'un grand pas au bord de la falaise,tremblant de peur de chagrin d'abandon, dernier rempart devant mes enfants: c'était à moi de tomber.
Pourquoi ne déboulions nous plus chez toi le dimanche, après l'inévitable McDo ? Pourquoi nous retrouvions nous autour de ta plaque toute neuve, où Jezabel , si petite encore , faisait "des pompes funèbres" , faisant jaillir des rires , que tu entendais peut-être, du moins je le souhaitais , malgré ma violente conviction d'absence totale de vie après la mort ?
10 ans ont passé. Des têtes blondes , des têtes brunes sont apparues, posant sur le monde leurs yeux magnifiques, aux regards turquoise , noirs ou gris, océaniques , déferlant dans mon coeur: tu les aurais adorés , je le sais !
Cela fait 10 ans Maman.Pour toi ,les tours jumelles sont toujours debout .
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