Les déménagements ne présentent guère que des vicissitudes, ecchymoses , courbatures, fatigue extrême...mais parfois du fatras s'échappe jusqu'à terre une photo noir et blanc, une photo des parents, si jeunes alors , éblouissants !
Le mélange qui s'en suivit fut étrange, étonnant , explosif, déroutant...A quoi pensait ce joli couple tandis qu'un photographe débutant ( je ne vois que cela ! ) décapitait leur chien à droite
et laissait bien visible la mauvaise herbe à gauche, figeait leur jeunesse , leurs sourires ?



Très présents dans les rouleaux de la baie, la bouille de Pierre sur sa planche, Clémence et Timothée prêtant à l'océan l'azur de leurs yeux bleus.Le maillot rouge de Jezabel s'animant d'un roi lion, Julien en bâtisseur sur le sable des Trépassés.
Et le plaisir intense, intact de jouer dans les vagues, soulevée, chahutée, répétant la mise en garde fanfaronne d'une petite fille fluette " à nous deux l'Atlantique!"...
j'avais iaginé , paresseusement,
l'immensité réduite, une transparence laineuse...
Des souvenirs, lambeaux, volutes, cohortes s'échappent , lames de fond , de ma mémoire fantasque, arbitraire...déverrouillée.
Souvenirs très frais. Je ne m'en suis presque jamais servi.L'enfance , l'adolescence, je leur ai tordu le cou avec une belle détermination doublée d'allégresse depuis bien longtemps.
Alors des années 70 aux couleurs pimpantes se pavanent dans mes nuits,se trémoussent dans mes jours.Mes cheveux longs, longs, longs flirtent avec l'ourlet de ma robe orange, mes yeux verts étoilés de châtain rêvent de turquoise strié de jaune.
Satisfaite des notes émises, je me glissais sous la douche, où vint me cueillir la voix d'Alain Barrière.
Alors , j'ai quinze ans dans ma chambre nantaise, embaumée par les pêchers en fleurs talonnés de près par les fragrances discutables des cuisines municipales, sises derrière le minuscule jardin.
De la chambre de Pascale s'échappe en force la voix d'Alain Barrière, tournicotant sur le tourne-disques familial, couvrant le transistor que j'écoute en sourdine car c'est celui de Papa : il n'a rien à faire dans ma chambre.
On s'habillera en même temps, on cavalera dans l'escalier, les Petites dans les jambes, on saisira la laisse , plus facile que son propriétaire, on attrapera quand même le cocker, on dévalera le perron , parfois à plat ventre , emportées par l'élan de folie du chien, on courra jusqu'au garage , on grimpera dans la Mercédès et on roulera jusqu'à la Colinière , perdues dans nos pensées matinales.
Ce n'était pas nostalgie, -même si ça y ressemble- mais RTL, stop ou encore , mon dieu , ça existe ...encore?
On vient de lui dire stop.Moi, j'aurais bien dit encore.Pas aux os en miettes, pas au dialyses, ni au diabète. Non, encore à la jeune fille aux pommettes saillantes , aux jolis yeux marron, à la queue de cheval sémillante, qui aimait Abba et Alain Barrière, l'histoire et la littérature.Encore à Pascale, jeune fille pleine d'avenir.
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